Tourbe (une Histoire de Famille) 

stand-up / seule-en-scène

en préparation

création 2027 

Conception  - Juliette Andréa Thierrée et Coriane Alcalde

Mise en scène - Juliette Andréa Thierrée

Jeu - Coriane Alcalde

La magie d'une rencontre 

J'ai découvert Coriane Alcalde lors du spectacle Marceau, un héritage, présenté dans un théâtre que je fréquente régulièrement, le Théâtre de l'Opprimé à Paris. Elle y assurait à la fois la scénographie et l'interprétation. J'ai d'abord été frappée par sa grande imagination, sa fantaisie et sa liberté de jeu, qui m'ont immédiatement séduite. 
Je lui ai ensuite proposé de rejoindre l'aventure des Nanas au Pouvoir, où elle incarnait une vingtaine de personnages, féminins comme masculins. Elle comprenait instantanément les directions que je lui donnais et se montrait d'une force de proposition remarquable. 
Au cours des représentations parisiennes de juillet 2025, nous avons entamé une conversation très personnelle autour de la famille. J'ai immédiatement senti qu'il y avait là une matière de création particulièrement riche. Depuis longtemps, je souhaitais aborder ce thème, déjà présent en filigrane dans mes précédents spectacles et dans un projet consacré à Vivian Maier sur lequel j'avais commencé à écrire. J'affectionne tout particulièrement ce terreau qui me semble d'une richesse inépuisable.
J'ai alors proposé à Coriane de construire ensemble une création à partir d'un matériau commun autour de la famille. Notre démarche repose sur un travail de recherche au plateau, nourri d'improvisations, mais aussi de textes que j'écris et que je lui propose d'interpréter. L'objectif est de faire émerger une écriture scénique vivante, au plus près de l'actrice et de notre dialogue artistique. 
Une première résidence de création s'est tenue au Théâtre des Bains-Douches en mai 2026. Nous poursuivons ce travail au Petit Théâtre de l'Hôtel de Ville du Havre en novembre 2026.
Le spectacle prendra la forme d'un stand-up autant que d'un seul-en-scène, mêlant changements de personnages, métamorphoses et jeux de théâtre. A travers ce tour de passe-passe scénique, nous chercherons à faire un pas de côté pour aborder un sujet aussi intime que violent, avec humour, liberté et poésie. 

Juliette Andréa Thierrée - conception


Les mots sont des pistolets chargés

Jean-Paul Sartre

Coriane Alcalde 

comédienne
metteure en scène
scénographe
création lumière

Coriane Alcalde suit sa scolarité par correspondance où elle voyage entre l’Espagne et la France, avant de s’installer à Paris à 14 ans.
Elle commence l’escrime artistique et découvre son amour du jeu. Elle jouera dans plusieurs pièces, notamment avec la Compagnie de L’Astre.
En 2019, elle décide de se former et intègre le Conservatoire de Saint-Germain-en-Laye en cycle spécialisé jeu et mise en scène. Une fois son DET obtenu, elle poursuit sa formation à L’École du Jeu où elle approfondit son travail du corps et de la voix pour développer un rapport organique au plateau en jouant au Théâtre Paris Villette. Elle y rencontrera l‘équipe de Barzoï avec qui elle forme le Mustang Collectif, ainsi que Théodora Sugier avec qui elle jouera notamment dans la pièce Embouteillage qui performe dans des voitures et un public en proximité.
Elle joue également au cinéma dans le dernier long métrage de David Moreau.

En parallèle, Coriane se forme à la mise en scène et met en scène plusieurs spectacles avec Les Stridentes à l’Etoile du Nord. Son travail est remarqué et l’amène à collaborer avec d’autres metteurs en scène dont le Collectif Les Champs Égarés de Marceau Deschamps-Ségura qui l’invitera à faire la scénographie et la création lumière sur plusieurs projets.
Elle joue dans la pièce de Cléa Bonnard Certains faux miroirs me reprochent de ne pas être entier, écrite dans le cadre de la Bourse Jacques Toja du Théâtre National de La Colline.
Attirée par un théâtre politique et accessible, elle joue actuellement dans La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht, mis en scène par Anaïs Pendeliau.
Elle rencontrera l'autrice et metteuse en scène Juliette Andréa Thierrée et jouera dans ses trois dernières créations.

Scénographie et notes de mise en scène

Pour écrire ce spectacle, il était impossible d'être frontal. Il fallait trouver un angle, une manière de raconter l'indicible avec un léger décalage afin que le récit puisse être entendu. Il fallait transformer cette histoire en fable, la raconter à hauteur d'enfant.
C'est pourquoi j'ai proposé à Coriane de venir dans ma cave : un véritable cabinet de curiosités où s'entassent costumes, objets, trouvailles que je glane dans les vide-greniers ou les magasins de jouets. Je lui ai simplement dit : « Prends ce qui t'appelle, ce qui te parle, t’amuse . »
Nous avons chacune fait nos choix, sans nous concerter. Puis nous avons pris la direction du Théâtre des Bains-Douches au Havre pour une première résidence.
Je crois profondément au pouvoir du plateau et à celui de l'inconscient. Chacun des objets que nous avions choisis, du plus minuscule au plus imposant, dessinait déjà, sans que nous le sachions, le territoire dans lequel nous allions travailler.  Je reculais devant ce sujet, je n'avais préparé ni plan ni mise en scène, seulement quelques fragments de texte et plusieurs pistes d'improvisation.
Puis est venu le temps des costumes. Je lui ai proposé une salopette rose fuchsia, une combinaison de ski, une robe noire constellée de perles qui scintillait dans la pénombre, un body très ajusté aux accents de cabaret, ou tout simplement ses vêtements du quotidien : un pantalon rempli de poches.
Un micro, deux tables, un petit paravent blanc cassé… et nous avons commencé.
Les conversations que nous avions eues pendant des mois se sont peu à peu incarnées dans son corps. Les mots que j'avais écrits pour elle se mêlaient aux improvisations que je guidais. Peu à peu, le spectacle prenait forme.
Le fil conducteur est apparu autour d'un minuscule livre sur la paternité, acheté un jour de Fête des Pères. Un petit livre presque dérisoire, décrivant le père idéal, celui des magazines, celui qui remplit parfaitement son rôle. Cet objet devenait un contrepoint permanent. Il interrompait les improvisations, ouvrait une nouvelle direction, empêchait l'émotion de s'installer trop longtemps au même endroit. Il créait une respiration, une distance.
À l'issue des cinq jours de résidence, j'ai commencé à imaginer la scénographie : je voulais un espace extrêmement épuré.
Au centre, un micro. À proximité, une petite armoire ouverte dont les étagères accueilleraient quelques objets soigneusement choisis : un lapin-marionnette, un couple de mariés animé par un petit mécanisme qui le fait tourner sur lui-même, une marionnette de diable, le portrait d'un père au crayon et, posé presque par inadvertance, le minuscule livre sur la paternité qui irrigue tout le spectacle.
À l'écart, un petit tabouret-escalier, invisible au public, permettra à Coriane de manipuler la marionnette qui représente le père.
Sur scène, deux présences coexistent. Une petite fille raconte son histoire. Une femme adulte la regarde, commente, tente de mettre des mots sur ce qui lui est arrivé. Lorsqu'elle s'adresse au micro, c'est l'adulte qui réfléchit. Lorsqu'elle s'en éloigne, l'enfant reprend le jeu. Elle joue comme les enfants jouent : avec une liberté absolue, en transformant les objets les plus ordinaires en mondes imaginaires.
En fond de scène, un grand écran blanc soulignera les changements de costumes à vue, comme dans un théâtre d'ombres, laissant apparaître les métamorphoses sans jamais interrompre le récit.
La musique occupera une place essentielle. Des comptines, des chansons populaires, des chansons d'adultes viendront traverser le spectacle. Elles accompagneront les émotions, les amplifieront parfois, les apaiseront souvent. Parce que certaines chansons savent faire ce que les mots ne peuvent pas toujours accomplir : elles traversent le malheur, lui donnent une forme partageable et ouvrent, malgré tout, un chemin vers la lumière.

Juliette Andréa Thierrée - mise en scène